Frédéric Lucas

Polluzione di artista

J’ai toujours été fasciné (et inspiré) par nos contradictions et particulièrement cette obsession hygiéniste de mes contemporains qui, dans les cas extrêmes, consiste à s’empoisonner avec des produits toxiques pour éliminer un probable ennemi souvent fantasmagorique.

A l’inverse, mon atelier pourrait être assimilé, dans une certaine mesure, à un bouillon de culture : Je conserve et utilise la plus grande partie des déchets dues à ma profession :

  • Les fonds de palettes sont réduits en écaillures multicolores conservées dans des bocaux.
  • Les eaux salies par mes pinceaux sont stockées dans des bacs de décantations (diffusant une odeur suspecte!)
  • Les papiers imbibés d’acrylique issus de mes arrachages marinent dans dans des bidons emplies d’eaux salies de peinture.

Ces trois « déjections « deviennent dans une démarche autant écologique que créatrice (Arte povera?) une formidable matière première pour une série sculpturale que j’ai intitulée « polluzione di artista », clin d’œil évident à l’emblématique œuvre de Piero Manzoni dans les années soixante.

Dois-je préciser que l’utilisation du mot « polluzione* » au lieu de « Inquinamento » n’est pas fortuite ?

*Définition:

-Pollution de l’environnement.

-Surtout utilisé pour évoquer l’éjaculation involontaire qui a lieu pendant le sommeil (pollution nocturne).

 

I have always been fascinated (and inspired) by our contradictions and particularly this hygienist obsession of my contemporaries which, in extreme cases, consists of poisoning themselves with toxic products to eliminate a probable often phantasmagoric enemy.

Conversely, my workshop could be assimilated, to a certain extent, to a growing broth: I conserve and use most of the waste due to my profession:

  • The bottoms of pallets are reduced to multi-colored scales preserved in jars.
  • The water soiled by my brushes is stored in decanting trays (spreading a suspicious smell!)
  • The acrylic-soaked papers from my uprooting are marinated in cans filled with water soiled with paint.

These three « excrements » become in an approach that is as ecological as it is creative (Arte povera?) A formidable raw material for a sculptural series that I titled « pollozione di artista », an obvious nod to the iconic work of Piero Manzoni in the sixties.

Should I specify that the use of the word « polluzione* » instead of « Inquinamento » is not fortuitous?

*Definition:

Environmental pollution but especially used to evoke involuntary ejaculation that takes place while sleeping.

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